Dix ans après Nice, la France demeure l’un des épicentres européens du terrorisme islamiste

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Deuxième pays d’Europe pour le nombre d’attentats islamistes rapporté à sa population, la France détient surtout le plus lourd bilan humain du continent, avec près de 300 morts depuis 2012. Dix ans après l’attentat de Nice, la commémoration de l’attaque rappelle la persistance d’une menace qui marque profondément la société française. En novembre dernier, une enquête Ipsos révélait que 73% des Français se déclarent inquiets face au risque d’attentats terroristes. 

Une fréquence des attentats islamistes presque sans équivalent en Europe 

Avec 58 attentats depuis 2012, c’est-à-dire environ 4 par an, la France est le pays le plus touché par les attaques islamistes en Europe. L’Allemagne, 2e de ce classement ne compte que 24 attentats sur la même période. La France compte 62% des victimes d’attentat islamiste en Europe. Rapportés au nombre d’habitants, la France est toutefois devancée d’une courte tête par la Belgique : un peu plus de 8 attentats pour 10 M d’habitants en France, contre un peu plus de 10 outre-Quiévrain. 

La comparaison éclaire une singularité commune aux deux pays. Dans la plupart des États européens, le nombre d’attaques rapporté à la population demeure nettement inférieur : autour de 3 pour 10 M d’habitants en Allemagne et en Suède, un peu plus de 2 au Royaume-Uni, moins de 2 aux Pays-Bas ou en Finlande. La Belgique et la France forment, sur cette carte, un bloc à part. 

La statistique ne dit évidemment pas tout. Un attentat déjoué n’y figure pas, une attaque rudimentaire et un massacre de masse y comptent chacun pour une unité. Mais elle permet de mesurer la fréquence avec laquelle la menace s’est effectivement matérialisée. Sur ce terrain, la France n’a guère d’équivalent parmi les grandes nations européennes. 

Un bilan humain hors-norme 

Cette triste singularité française est encore plus flagrante lorsque l’on considère le nombre de morts du terrorisme islamiste. Depuis 2012, ce dernier a tué 296 personnes en France. Un chiffre très largement supérieur au bilan humain observé dans les autres pays européens. Le Royaume-Uni compte ainsi 53 morts sur la même période, la Belgique 51, et l’Allemagne 26. En valeur absolue, aucun autre État européen ne s’approche donc du bilan français. En effet, la France a subi plusieurs opérations d’une létalité exceptionnelle, dont l’attentat de Nice, qui avait tué 86 personnes, sans compter les centaines de blessés, dont certains souffrent encore de lourdes séquelles une décennie plus tard. 

Rapporté à la population, le classement se resserre. Avec un peu plus de 44 morts pour 10 millions d’habitants, la Belgique devance à nouveau la France, d’une très courte longueur. Cependant, l’écart avec les pays suivants reste considérable : l’Autriche et le Royaume-Uni suivent au classement, mais se situent sous le seul de 10 morts pour 10 millions d’habitants. L’Allemagne, l’Espagne, et les autres pays touchés par le terrorisme islamiste se situent encore plus loin. 

L’ultradroite reste bien souvent une menace, le terrorisme islamiste est une réalité 

Les chiffres du terrorisme islamiste prennent une autre dimension lorsqu’on les compare à ceux du terrorisme inspiré par l’extrême-droite. Certes, cette dernière menace existe, fait l’objet d’enquêtes, et a donné lieu à plusieurs projets d’attentats, le plus souvent déjoués. Mais son bilan humain effectif demeure, en France, sans commune mesure avec celui du djihadisme.  

Dans le décompte strict, un seul attentat meurtrier a été judiciairement rattaché à cette mouvance depuis 2012 : celui de Puget-sur-Argens, dans le Var. En mai 2025, Hichem Miraoui a ainsi été abattu par un voisin, tandis qu’un second homme était blessé. Le suspect a été mis en examen pour assassinat en relation avec une entreprise terroriste, avec la circonstance d’un mobile lié à la race, l’ethnie, ou la religion.  

Une acception plus large peut conduire à ajouter la fusillade de la rue d’Enghien à Paris, en 2022. Trois personnes d’origine kurde avaient été tuées, mais si le mobile raciste a bien été retenu par l’instruction, ça n’a pas été le cas de la qualification terroriste. Nous avons ici fait le choix d’ajouter cette attaque au décompte, afin d’obtenir une estimation plus large du nombre d’attentats et de victimes du terrorisme « d’extrême-droite » en France.  

Cependant, même en agrégeant ces deux affaires, le bilan ne s’élève qu’à 4 morts du terrorisme d’ultradroite depuis 2012 en France, bien loin des près de 300 morts du terrorisme islamiste. Si cette disproportion ne disqualifie pas la « menace » de l’ultradroite, elle interdit de mettre sur le même plan les conséquences humaines effectivement produites sur notre territoire : le djihadisme frappe bien plus souvent sur notre territoire, et bien plus durement. 

Quant au régionalisme corse, s’il a été associé à des attaques assez fréquentes depuis 2012, celles-ci ont généralement visé des bâtiments, souvent inoccupés, ne faisant aucune victime sur la période étudiée ici.  

Méthodologie : données rassemblées par la Fondapol sur la période 2012-2024, complétées par des recherches documentaires pour chaque pays européen sur la période 2024-2025. 

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