Municipales 2026 : des élections marquées par l’indécision 

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Les élections municipales des 15 et 22 mars 2026 sont marquées par une forte indécision concernant un certain nombre de grandes villes, avec parfois des enjeux à l’échelle nationale. Les intentions de vote mesurées au Havre, à Paris et à Nice dans notre sondage exclusif réalisé par OpinionWay illustrent cette tendance, avec des chiffres très serrés à deux semaines du 1er tour. 

Le Havre : Edouard Philippe et son adversaire Jean-Paul Lecoq au coude à coude  

Le Havre, 15e ville la plus peuplée du pays, est l’archétype de la commune concentrant à la fois un fort suspense et des enjeux nationaux. Édouard Philippe, ancien Premier ministre, en est devenu maire en 2010. En dépit de ce solide ancrage local, le fondateur du parti Horizons fait face à la concurrence de son opposant communiste, Jean-Paul Lecoq. Celui-ci est devenu député de la circonscription correspondante en 2017, puis conseiller municipal à la suite des élections de 2020, où il a cumulé 41 % des voix dans le duel de second tour face à Édouard Philippe. 

Notre sondage réalisé avec OpinionWay révèle que les deux adversaires sont au coude à coude : Édouard Philippe aurait une courte longueur d’avance au premier tour, avec 37 % des voix contre 35 % pour Jean-Paul Lecoq, mais la situation s’inverserait au second tour, avec 42 % des voix pour Lecoq contre 40 % pour Philippe. Des résultats très serrés, avec des écarts situés dans la marge d’erreur du sondage. Par ailleurs, 19 % des répondants n’expriment pas encore d’intention de vote pour le second tour, ce qui ajoute encore de l’incertitude concernant les résultats à venir du 22 mars. 

La comparaison de ce sondage aux résultats du scrutin de 2020 révèle que la percée du RN bouleverse les équilibres électoraux, en modifiant la configuration du second tour. Le candidat RN n’avait obtenu que 7 % des suffrages au premier tour en 2020. Mais avec 18 % des intentions de vote dans notre sondage, Franck Keller, soutenu pour ces élections de 2026 par le RN et l’UDR, devrait logiquement accéder au second tour. D’un duel, celui-ci passe ainsi à une triangulaire. Par rapport au précédent scrutin, le candidat PCF Jean-Paul Lecoq est crédité d’un score comparable dans notre sondage : 42 % contre 41 % en 2020. Cependant, le candidat RN totalise 18 % des intentions de vote dans notre enquête, et Philippe recule à 40 % contre 59 % en 2020. 

Paris : la majorité sortante très contestée 

Paris sera, comme à chaque élection municipale, l’une des villes les plus scrutées, de par son statut de capitale du pays. Mais cette année, un enjeu supplémentaire vient s’ajouter : la majorité sortante, reposant principalement sur une alliance PS-EELV-PCF, a beau partir une nouvelle fois favorite, ses chances de victoire restent relativement incertaines, et très dépendantes de la configuration du second tour. Au total, 9 enquêtes ont jusqu’à présent testé 35 seconds tours, et la liste de gauche à Paris n’est en tête que dans 40 % des cas. À titre de comparaison, pour la campagne de 2020, la liste d’Anne Hidalgo était en tête de près de 90 % des seconds tours testés dans les différents sondages réalisés. 

Notre sondage exclusif réalisé avec OpinionWay confirme cette tendance. Au premier tour, la liste de la majorité sortante emmenée par Emmanuel Grégoire est en tête, créditée de 31 % des intentions de vote, contre 27 % pour Rachida Dati. En revanche, sa victoire au second tour n’est pourtant pas assurée : la liste Dati l’emporterait en cas de quadrangulaire incluant aussi P.-Y. Bournazel (Horizons) et S. Chikirou (LFI), ainsi qu’en cas de triangulaire incluant aussi S. Chikirou (LFI). 

Or, la configuration du second tour est à ce stade encore incertaine, indépendamment des éventuelles fusions de listes qui pourraient se produire : trois candidats se situent seulement de 1 à 2 points au-dessus de la barre des 10 % au premier tour (P.-Y. Bournazel, S. Chikirou, S. Knafo), et il n’est pas assuré que tous parviennent à se qualifier au soir du 15 mars. 

Par rapport aux résultats de 2020, notre enquête révèle une nette progression de Rachida Dati dans les intentions de vote. La candidate soutenue par LR obtenait, au scrutin précédent, 34 % des voix au second tour, devant Agnès Buzyn (LREM, 13 %), mais loin derrière Anne Hidalgo (PS, 49 %). Dans la configuration comparable testée dans notre sondage, R. Dati apparaît à égalité avec E. Grégoire (43 %), devant P.-Y. Bournazel (14 %). À ce stade, on observe donc une érosion de la gauche, un maintien du centre, et une progression de la droite. Ce qui est remarquable, au vu de la diversification de l’offre de ce côté de l’échiquier politique, incarnée par le candidat RN Thierry Mariani, et par Sarah Knafo, celle-ci étant en mesure de se qualifier au second tour avec 12 % d’intentions de vote. 

Nice : la domination de C. Estrosi en train de vaciller ? 

Nice, 5e ville du pays, sera sûrement l’une des villes les plus observées au soir des résultats. La municipalité y est dirigée depuis 2008 par Christian Estrosi, ancien ministre et figure forte de la politique locale et nationale. Face à celui-ci se présente Éric Ciotti, qui fut l’un de ses soutiens, et désormais président de l’UDR, parti allié au RN. En 2023, un sondage IFOP-Fiducial pour l’association de soutien à C. Estrosi donnait encore ce dernier en tête du premier tour, avec 35 % des intentions de vote, contre 25 % pour É. Ciotti. Depuis, le contexte a évolué : montée du RN, création de l’UDR, et alliance entre ces deux partis. 

Notre sondage révèle qu’Éric Ciotti est désormais en position de force au premier tour, avec 45 % d’intentions de vote, nettement devant son rival, à 27 %. Trois autres instituts de sondage ont réalisé des enquêtes d’opinion sur une période proche, à plus ou moins 6 jours d’écart, révélant aussi un avantage assez net du candidat de l’UDR au premier tour. 

Non seulement la dynamique s’est inversée au profit d’É. Ciotti, mais celui-ci peut aussi compter sur une réserve de voix suffisante pour envisager une victoire au second tour. Notre sondage le donne gagnant dans les trois configurations testées. Le duel face à C. Estrosi reste la configuration la plus serrée : 55 %-45 %, avec une marge d’erreur d’environ 4 points et 22 % des électeurs du premier tour n’exprimant encore aucune intention de vote à ce stade. 

Nice n’est pas une exception : les listes soutenues par le RN et l’UDR progressent dans la plupart des communes par rapport à 2020, reflétant la tendance déjà observée lors des scrutins nationaux. Au point qu’il est probable que plusieurs dizaines de communes basculent en faveur du RN, bien que le degré d’incertitude reste élevé sur ce type de scrutin très local. De quoi provoquer une rupture dans certaines villes comme Marseille, Toulon, Menton, ou Carcassonne. Les enquêtes d’opinion dans ces villes montrent que les candidats RN s’y qualifieraient vraisemblablement au second tour, avec une victoire envisageable de leur côté. Dans d’autres communes, malgré l’absence de sondage, la progression du RN lors des derniers scrutins et dans son ancrage local laissent penser qu’il pourrait aussi avoir des chances de victoire, comme à Calais, Aubagne, Cagnes-sur-Mer, ou Agde. 

Au vu du degré d’incertitude sur certaines communes et du calendrier électoral, à un an de l’élection présidentielle, les résultats du scrutin des 15 et 22 mars seront particulièrement observés. Cela dit, plus que des observateurs, nous invitons nos lecteurs à être des acteurs et à se rendre aux urnes pour cette élection majeure de la vie politique locale. Le taux d’abstention aux municipales augmente à chaque élection depuis les années 1980, atteignant un record en 2020, à 55 %, dans un contexte de crise sanitaire. Après un tel pic, il serait dommage de rater une opportunité de faire refluer l’abstention. 

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