La France face à l’effondrement démographique 

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Avec moins de 650 000 naissances attendues en 2025, autour de 645 000, la France passe un cap historique, inédit hors périodes de guerre. Et ce n’est pas un simple accident statistique : l’indicateur conjoncturel de fécondité tomberait sous 1,6 enfant par femme. Autrement dit, nous ne sommes plus face à un “creux” passager, mais à un vrai changement de trajectoire. 

Bien sûr, la baisse de la natalité est un phénomène mondial. Mais ce qui frappe en France, c’est la vitesse du décrochage. En dix ans, le pays a perdu une partie de ce qui faisait sa particularité en Europe de l’Ouest : une fécondité relativement élevée, et l’idée, souvent implicite, que “ça finirait par se stabiliser”. Or quand les naissances reculent et que la fécondité s’approche de niveaux historiquement bas, les effets ne restent pas théoriques : ils se voient dans l’économie, la manière d’organiser les services publics, l’aménagement du territoire, les finances sociales et dans l’équilibre de notre contrat social. 

L’observatoire Hexagone propose donc une lecture simple et chiffrée : ce qui ressemblait à une panne ressemble désormais à un basculement durable. Le but n’est pas de faire peur, mais d’éviter l’aveuglement. Si l’on continue à planifier comme si la fécondité allait se stabiliser ou remonter comme par magie, on risque de construire la France de demain avec les hypothèses d’hier — et de mesurer trop tard l’ampleur des ajustements à venir.  

Le détail du dossier 
Un plancher franchi : quand la baisse devient un nouveau standard 

En 2025, la France va atteindre un plancher historique du nombre de naissances enregistrées : on passe d’environ 800 000 naissances en 2015 à 645 000 en 2025. En dix ans seulement, cela représente environ 155 000 bébés en moins, soit une baisse de 19 %.  

Une chute d’une telle ampleur ne se résume pas à un simple effet de calendrier, comme si des naissances avaient juste été “décalées” dans le temps, mais laisse imaginer quelque chose de beaucoup plus profond : le renouvellement des générations est en train de se contracter durablement. 

Cette lecture devient encore plus évidente quand on regarde la fécondité. La baisse des naissances ne vient pas uniquement du fait que l’on a des enfants plus tard : le niveau de fécondité recule lui-même, en passant de 2,0 en 2014 à environ 1,59 en 2025. Face à cette tendance, espérer un rebond “spontané” devient très optimiste. Quand la fécondité reste durablement basse, la démographie finit par dérouler une série d’effets en chaîne : d’abord moins d’enfants et d’adolescents, puis, quelques années plus tard, moins d’entrants sur le marché du travail, un vieillissement plus marqué, et une tension croissante dans l’équilibre entre générations. 

Dans ce contexte, le passage du solde naturel en négatif en 2025 est un signal très fort. Concrètement, cela signifie qu’à paramètres inchangés, la France ne peut plus compter sur l’excédent des naissances sur les décès pour soutenir sa dynamique de population. Et donc, on ne peut plus planifier l’économie et les politiques publiques comme si la France restait, “par défaut”, démographiquement en croissance ou même stable. 

Le grand déni institutionnel : des hypothèses déjà dépassées par les faits 

Dans ce contexte, le risque majeur n’est pas seulement la baisse elle-même, mais l’absence d’anticipation sur les façons de régler le problème, ou en tout cas s’y adapter. Tout d’abord, l’idée d’établir des scénarios de référence qui supposent une fécondité proche de 1,8 alors que la réalité est déjà à 1,62 en 2024 et environ 1,59 en 2025 revient à minimiser l’ampleur de la transition en cours. Un écart de l’ordre de 0,2 enfant par femme paraît abstrait dans le débat public ; il est considérable en démographie, parce qu’il produit des divergences cumulatives sur plusieurs décennies. 

Cet écart pèse concrètement sur la manière de gérer des services comme l’école et la petite enfance, d’anticiper les besoins en santé, d’adapter l’offre de logement, d’évaluer l’avenir du marché du travail et, surtout, de calibrer les trajectoires de financement des systèmes sociaux. Or, toutes ces politiques ont parfois besoin d’un temps long, anticipé, pour être efficaces. Plus un décalage existe entre les projections et la réalité, plus l’ajustement se fait tard, par la contrainte et l’urgence, au lieu d’être piloté par l’anticipation. 

Les scénarios Hexagone : des trajectoires de population qui divergent fortement selon la fécondité 

La population de la France se situe autour de 68,6 millions d’habitants en 2025. À paramètres comparables, et en retenant un solde migratoire maintenu à +152 000, la divergence entre trajectoires devient très forte avec le temps. 

Un scénario de “stabilisation” aboutirait à une France autour de 70 millions d’habitants en 2050, puis de 60-65 millions en 2100 et environ 60 millions en 2125. Un scénario de convergence vers une fécondité de type Europe du Sud conduit à une baisse nettement plus marquée à long terme : environ 50 millions en 2100 et environ 40 millions en 2125, tout en restant proche à court terme (à peine moins de 70 millions en 2050). Enfin, un scénario d’effondrement de la fécondité transforme radicalement la taille du pays : moins de 40 millions d’habitants en 2100 et même moins de 30 millions en 2125. La France reviendrait à sa population de 1789. 

Et peu importe la projection, la logique reste la même : une fécondité durablement basse enclenche une mécanique de long terme, parce qu’elle réduit non seulement le nombre d’enfants, mais, avec décalage, le nombre de parents potentiels. À partir d’un certain seuil, la baisse tend ainsi à s’auto-alimenter, et le pays se retrouve à devoir gérer simultanément une contraction relative de la population jeune et un vieillissement accru de la structure par âge. 

Pourquoi nous ne faisons plus d’enfants : anatomie d’une chute 

La baisse de la natalité ne se réduit pas à une seule cause. Elle combine une transformation des aspirations, des modes de vie, des contraintes matérielles et un report croissant de la parentalité vers des âges plus tardifs.  

  • Le fait que les Français souhaitent moins d’enfants que par le passé. Entre 2005 et 2024, le nombre moyen d’enfants souhaités recule nettement, et la baisse est particulièrement forte chez les plus jeunes. Chez les 18–24 ans, on passe de 2,46 à 1,88, chez les 25–29 ans, de 2,48 à 1,96, chez les 30–34 ans, de 2,62 à 1,97. Même chez les 35–39 ans, ça baisse, de 2,33 à 2,05. Autrement dit, on ne peut pas expliquer la situation uniquement par des contraintes extérieures (logement, pouvoir d’achat, etc.) : il y a aussi une évolution des préférences. Et c’est particulièrement marquant chez les jeunes générations, celles-là mêmes qui, en théorie, pourraient encore inverser la tendance. 
  • Le développement d’une tendance sociétale « no kid », ou la part des Français ne souhaitant pas avoir d’enfant. Entre 2005 et 2024, la part des 18–28 ans déclarant ne pas vouloir d’enfant passe d’environ 4,5 % à 15 % chez les hommes, et de 4 % à 13 % chez les femmes. Autrefois marginale, cette tendance change mécaniquement le plafond de la natalité possible, indépendamment des politiques publiques ou de la conjoncture économique. 
  • L’évolution des modes de vie et de formation du couple. À âge comparable, vivre en couple devient moins fréquent qu’avant : à 25 ans, la part des femmes vivant en couple passe de 63,2 % en 1990 à 44,5 % en 2021, à 30 ans, de 77,3 % à 66,1 %. Or la parentalité reste majoritairement corrélée à un cadre de stabilité relationnelle. Quand la mise en couple recule ou se fait plus tard, la fenêtre sociale et biologique pour devenir parents se rétrécie. 
  • En lien avec la fragilité des structures familiales, d’autres tendances pèse sur la dynamique de naissance, notamment sur la probabilité d’avoir un enfant supplémentaire. La part des familles monoparentales avec enfants de moins de 18 ans passe d’environ 12,4 % en 1990 à 25 % en 2022, avec enfants de moins de 3 ans, de 7,3 % à 12,7 %. Sans réduire ces évolutions à une causalité unique, l’instabilité et la contrainte qui pèsent sur les familles rendent plus difficile l’agrandissement de la famille. 
  • Le logement apparaît comme un verrou central à l’arrivée d’un ou plusieurs enfants. Entre le début des années 2000 et 2020, les prix des logements anciens progressent nettement plus vite que le revenu disponible brut par ménage : l’indice passe de 100 à 225,6 pour les prix en France métropolitaine, contre 100 à 128,8 pour le revenu. Cet écart signifie que l’accès à un espace suffisant pour élever des enfants a été restreint relativement aux revenus, précisément au moment où se jouent l’installation en couple et la décision d’avoir un enfant. 
  • Enfin, les parents ont leurs enfants plus tard que par le passé. Entre 2004 et 2024, la fécondité baisse nettement chez les plus jeunes et se déplace chez les plus âgés : elle recule chez les 15–24 ans (de 3,3 à 1,9) et chez les 25–29 ans (de 12,9 à 8,8), baisse légèrement chez les 30–34 ans (de 12,0 à 11,1), et augmente chez les 35–39 ans (de 5,4 à 6,7) ainsi que chez les 40–50 ans (de 0,6 à 1,0). Ce déplacement est cohérent avec l’allongement de la durée des études, la recherche de stabilité et des trajectoires professionnelles de plus long terme. Là encore il réduit la fenêtre de réalisation du projet familial et accroît le risque de ne jamais faire l’enfant qui a été reporté à plus tard, même quand ce désir d’enfant demeure. 
Conclusion 

L’effondrement démographique en cours est l’un des grands bouleversements du siècle. Ce n’est pas simplement une statistique de plus mais une dynamique qui change la trajectoire de la France pour longtemps, sur plusieurs générations. 

Le risque principal n’est d’ailleurs pas seulement la baisse elle-même, mais plutôt la tendance qui laisserait croire que ce ne serait qu’un phénomène passager et facilement gérable par les pouvoirs publics. Or si la fécondité se stabilise durablement à un niveau faible, ou si elle baisse encore, alors les écarts à l’horizon 2100 deviennent considérables. 

Un rapport de la Cour des comptes publié en décembre 2025 analyse d’ailleurs comment la baisse de la natalité et le vieillissement conduisent, en France, à une contraction progressive de la population en âge de travailler et alerte sur le risque d’un décrochage du ratio entre les dépenses et les recettes publiques à horizon long. 

C’est pourquoi l’observatoire Hexagone alerte sur la réalité des chiffres actuels et les risques que notre pays prend à ne pas se pencher sur cette question. Si une inversion rapide des courbes démographiques paraît illusoire à ce stade, une adaptation anticipée pourrait éviter des décisions prises trop tardivement et dans l’urgence. La démographie risque de redevenir une variable centrale de notre destin collectif, si on refuse de la regarder en face, elle s’imposera malgré tout. 

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