A un an de l’élection présidentielle, et dans l’attente de la publication du rapport de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public, notre analyse Hexagone montre deux biais différents mais complémentaires au sein de France Télévisions : d’un côté, un conformisme « centriste » dans les émissions centrées sur l’expertise, de l’autre, une nette surreprésentation de la gauche dans les émissions de débat d’actualité. Dans les deux cas, le résultat est le même : les équilibres idéologiques des plateaux ne correspondent pas à ceux observés au sein de la population. Or, à l’approche d’une élection importante pour l’avenir du pays, le service public devrait être exemplaire en matière de pluralisme.
Méthodologie : Hexagone a listé l’ensemble des invités, politiques ou non, de quatre grandes émissions de débats et d’actualité sur le service public télévisuel (C Ce Soir, C dans l’Air, C à vous, C Politique) sur la période du 20 mars au 20 avril 2026, puis les a classés par grand courant idéologique (gauche, centre, droite) selon leurs prises de parole passées ou lors de l’émission. Ces calculs ne tiennent pas compte des étiquetages de l’Arcom.

Notre analyse Hexagone met en évidence non pas un simple hasard des invitations pour ces quatre grandes émissions, mais des biais éditoriaux marqués, différents selon les émissions. Sur l’ensemble des 4 programmes étudiés du 20 mars au 20 avril 2026, parmi les invités idéologiquement identifiés, à savoir 202 personnalités, on obtient ainsi environ 37 % d’invités pouvant être classés à gauche, 32 % au centre et seulement 15 % à droite. Autrement dit, la droite est très minoritaire dans ces plateaux, alors qu’elle représente une part bien plus importante de l’électorat français dans les scrutins récents et des sondages actuels. Lors de l’élection présidentielle de 2022, au premier tour, les candidats à la droite d’Emmanuel Macron représentait 40% des suffrages, aujourd’hui les dernières intentions de vote donnaient plus de 45 % aux candidats de la droite. Une situation politique loin de justifier qu’une petite minorité seulement de la parole publique soit accordée aux idées de droite.
Sur une vingtaine d’émissions, principalement consacrée aux conflits au Moyen-Orient, C dans l’Air illustre surtout la diffusion d’une vision conformiste, plutôt classée au centre et critique de la politique étrangère américaine. L’émission aligne 23 invités classés au centre, contre 10 à gauche et seulement 7 à droite, sur la base de profils partagés entre les journalistes, donc rattachés à une rédaction identifiée, et des experts. Le déséquilibre n’est donc pas ici une domination de la gauche, mais une domination d’un discours plus technocratique et institutionnel, celui qui correspond souvent à la parole légitime des experts et observateurs installés. Cela produit une forme de pluralisme restreint où l’impression du débat cache un espace idéologique étroit, où les oppositions les plus nettes au logiciel dominant sont marginalisées.
On retrouve une surreprésentation du centre également dans l’émission C à vous qui a un statut un peu spécifique où les sujets et les invités politiques sont mélangés avec des phases de divertissement. Sur 22 invités au cours du mois d’avril, 13 sont issus du centre, contre seulement 6 de droite et 3 de gauche. Le problème de consensus centriste est donc le même, là encore porté par des experts alors que les invités de droite sont quasiment uniquement des personnalités politiques, créant un déséquilibre de la légitimité de la parole de droite dans un contexte de défiance générale vis-à-vis de la politique.
L’émission de débat C Politique est un cas intermédiaire, elle offre des sujets plus diversifiés et des invités souvent issus du monde universitaire, plus détachés des prises de position politique. Mais là encore la droite apparaît très largement sous-représentée, voire inexistante : en un mois d’émissions, sur 48 invités, seulement 2 pouvaient être classés à droite, contre 18 invités de gauche, 10 au centre et 18 inconnus. Ainsi, même en tenant compte des invités non classés, le déséquilibre est frappant.
A l’inverse C Ce Soir, qui offre également un regard d’actualité sur les débats médiatiques, représente un peu mieux les idées de droite que C Politique, tout en surreprésentant très nettement celles de la gauche également : 43 invités de gauche, contre 17 au centre et 15 à droite. Nous l’avons déjà dit, les équilibres politiques devraient amenés ce type d’émissions à un équilibre en faveur de la droite dans le regard porté sur les sujets d’actualité, or les plateaux de C Ce Soir ont plutôt tendance à offrir un espace dominant pour la gauche progressiste, face à laquelle la droite ne peut qu’adopter une attitude défensive.
Le problème de fond est simple : le service public n’a pas pour mission de reproduire mécaniquement les résultats d’une élection, mais il ne peut pas non plus organiser durablement des plateaux qui s’éloignent à ce point de la France réelle. Quand, scrutin après scrutin, les sensibilités de droite, en particulier celles de la droite nationale, ainsi qu’une partie importante de l’électorat populaire, pèsent lourd dans les urnes, mais demeurent faiblement représentées à l’antenne, il y a un problème démocratique. Les citoyens ne reçoivent plus une information politiquement équilibrée mais des analyses filtrées par les préférences du milieu médiatique et universitaire des personnes invitées pour analyser les événements.
À un an de l’élection présidentielle de 2027, cette question devient encore plus sensible. Le pluralisme n’est pas une question secondaire de casting, il conditionne la qualité du débat public. Si certaines émissions enferment le débat dans un « centre » certes acceptable mais minoritaire, et si d’autres surreprésentent la gauche et ses stratégies politiques, alors une part importante des Français ne voit ni ses préoccupations, ni ses analyses, diffusées largement. Le risque est alors très important d’accentuer la défiance envers le service public audiovisuel et de mettre en danger nos institutions démocratiques.



